Cinépoétesse

Aux couloirs de tant de caresses de l’œil, une caméra et des soupirs
à la cinépoétesse Laure K

par Mokhtar EL Amraoui


Le poétique, par excellence et essence, est ce qui nous surprend et ravit au sens premier, originel, d‘un enlèvement de notre carcasse-bouse d’habiTUES, de rouillés du regard.
Le filmage de Laure K est, en cela, un kidnapping, un rapt qui nous plonge la tête pour un décrassage radical de notre rétine par trop rompue à la rassurante linéarité mélodramatique de Chronos nous offrant la « paix finale » d’une happyendité !
L’œil de Laure K ne veut pas rassurer et n’offre nul horizon de sommeil.
A chaque seconde, on est attrapé par la nuque dans une tension perpétuée, entretenue d’alerte rééducative !
Avec elle, nous réapprenons la véritable dialectique du MICROMEGA !

La bulle de savon en redevient verset cosmique disant notre éphémère de flottement tendu, incertain et dubitatif d’éternels guignols chancelants chiant, au crépuscule de notre passage que l’on croyait éternel, nos lâches angoisses de faux repentis !
Cette nouvelle grammaire de l’œil se dit dans cette danse d’Eros et Thanatos « enspirés » dans les volutes de l’évanescence tragiquement jouissive. Le plus dur coup de sabre fatal a toujours été donné par la rose ! Dixit la bouteille de tous les couloirs, telle une lampe merde-veilleuse d’Aladin !
Là, gisent les djinns dans ces travellings qui aménagent le couloir : lieu où ça coule ou ça se coule en fleuve héraclitéen d’un dire optique sans redondance, sans surdétermination idéodémagogique ! Djinns d’objâmes ! La caméra de Laure K a réussi à fusionner spiritualité et matérialité ; retrouvailles, après tant d’exil et de « partition/déchirure errante » !

N’est-ce donc pas cela un poème ?

Le rire explosif continu de la petite Alice en rouge, dans le labyrinthe, s’érige en métaphore de nos essentielles déroutes.

Et cette gémissante sensualité tue en sublimes courbes de l’amoureuse attendant dans la suite 604. Fabuleux(leuse) Nils, apogée de sensualité silencieusement tonitruante d’une meute diablotine de chairs renouvelées sur le lit d’un feu faussement éteint, ravivé dans l’exclamation criarde, kitsch, presque paysanne, des talons aiguilles rouges tels des lèvres translatées. Déplacement, décalement, métonymie. Œil anesthésié, reprends-toi donc dans ta plasticité cinétique ! Dans ce couloir tout est faussement clean ; ça grouille, sous le lisse !

Cela grouille de vers dans le double sens de strophes et de catastrophes.

Sensualité gémissante , celle de Nils, implorant une reconnaissance ; lui si frais, si vrai, si enfantin , enfanteur tel un enchanteur dans ses danses mitraillées, mais en douce , sans tambours, ni fanfares tel un destin assumé se diluant dans les autres versants de toutes les épopées réveillées dans l’athanor du microscopique, du minuscule, toujours sous-estimé par les diktats du panopticon institutionnel, officiel : brindille prise de frénésie dans les pétales des doigts d’Hélènablue semblant rassurée/rassurante, sous un arbre dans une bucolique harmonie, quand tout bascule lorsqu’elle se retourne , avec un rictus glaçant/glacé pour voir si les fantômes de ses cauchemars vécus ne la poursuivent pas. Hélènablue qui n’est jamais donnée, dite, entière mais « puzzlée », effritée, à l’image de ses tribulations et de l’enfer de son enfance ; et la frontière entre le sourire doux, heureux et la grimace de l’enfant horrifiée s’estompe pour se confondre ! Zénith ensanglanté, de façon elliptique, de toutes les conversions !

Tout « le programme » cinépoétique de Laure k est dit dans « je t’aimais Barbara » pour qui sait lire ! Nul ne peut être aussi violent que la douceur. C’est la leçon d’un tao de caméra, d’une flèche qui tue d’un coup, sans faire souffrir, par un montage sans scories !
Et la prouesse d’une telle démarche esthétique s’en trouve être le PHENOUMENAL !

Il n’y a plus, dans l’ainsi-filmé de Laure K, de dichotomie, ente « en soi » et « pour soi », entre phénomène et noumène, entre l’événementiel et l’insignifiant !

Je vous le dis, c’est possible, Laure l’a fait, en redonnant aux techniques de filmage leur plasticité alchimique et ontologique d’un regard repoétisé dans des vibrations monadiques( oui , monadiques, en référence aux monades de Leibniz ou pourquoi pas nomadiques de fuite de libération) d’autosuffisance, d’univers à soi, où l’élémentaire offre sa disance, ses extensions narratives, dans une danse spirale chorégraphiée grâce à cette nouvelle acuité.

Oui, il s’agit d’une chorégraphie histologique,de tissus et il s’en déroule de longs mètres dans les films de Laure k, tissus dans la double acception physiologique et textile ; le couvert et le couvrant s’entre-déshabillent en une danse d’envol et d’étouffements.
Cris tus, silences criés par une caméra à fleur de chair s’auto-filmant telle ces endoscopes et toute cette ménagerie des nouvelles technologies scopiques des imageries instituant les ailes MICROMEGA cassant les discriminations entre l’essentiel et le superflu où l’événement est l’objâme retrouvé. Ces doigts arachnéens, dans le dernier film, qui se métamorphosent en fantômes promenant les distensions/ distorsions d’une peau offerte au ciel du roucoulement de la voix dansante d’Hélènablue ; le scalpel est mis en veilleuse mais, toujours là ! Pour une dissection, apparemment tout en douceur !

Tout est dit, en même temps, dans les bras d’une chanson, d’une musique marquant de leur horlogerie les points d’impacts et angles de fuites où s’entrelacent les yeux et les ténèbres diurnes, comme à Berlin 2010 où un travelling vigilant et insomniaque traque les brèches d’où le monstre pestiféré de la Haine , dans son absoluité, pourrait recracher ses incendiaires venins !

C’est d’immersion dans l’éclatement du cadavre des vieilles gangues de l’impérialisme romanesque qui étouffaient le cinépoème, qu’il s’agit !
Microméga ! Flèche ! Tao d’émerveillement, d’éblouissement, d’éveils optiques d’angles d’invites démultipliés en aspirations d’appels.
Léchez l’œil, il donnera son code de voyance et de décalage angulaire d’histologie !

Cette saisie microméga se poursuit dans le filmage avec beaucoup d’humour noir comme dans Calamity Jane où un mouvement de parallélisme laisse couler deux cours : celui d’une recette livrée à la fille, à travers une lettre testamentaire et le second narrant un héroïsme, une épopée , l’un contaminant l’autre de son souffle pour dire la vie qui s’entête à se perpétuer, malgré ce qu’en elle de mort, elle porte !

Cette même mise en parallèles équitables se retrouve dans ce court publicitaire du Chat écolo qui retrace, dans une double diégèse succulente, une intertextualité de toute l’histoire du cinéma, ramassée là ! L’absolu du décalage !
Laure K aura offert de nouvelles possibilités à un cinéma qui se doit de libérer ses poumons, sa respiration, en explorant ses nouvelles envergures, ses « Talents aiguilles de haute couture filmique ».
Le poétique réside, chez Laure K, dans cette musicalisation du détail qui se danse dans sa polysémie de lu tel les hiéroglyphes qui se sont dévoilés pour celui qui a su les prendre et surprendre !

La leçon cinématographique de Laure K est celle d’une réaffectation sémantique et d’une motivation du sens toujours renouvelés !

La signifiance s’en trouve éloignée des diktats de monosémie surdéterminée par l’idéologique.
Tout devient disance ! Le voyage d’une bulle de savon se métamorphose en superbe RoadMovie.
Belle temporalité de kaléidoscope !
Merci, enchanteresse Laura Kalangel, pour tous ces courts qui en disent long !


Mokhtar EL Amraoui
Bizerte, le 17/09/2010